La vaisselle en kansa, une forme de bronze, cristallise les savoir-faire millénaires des traditions métallurgique, culinaire et médicale indiennes. Appréciés pour leurs valeurs thérapeutiques mais aussi esthétiques, les assiettes, verres et bols alimentaires en kansa sont d’utilisation courante en Inde, tandis que les petits bols servent aussi au massage et à d’autres thérapies traditionnelles indiennes (« kansu »).

 

Qu’est-ce-que le kansa ?

Le kansa, un alliage de cuivre, est l’un des métaux fondamentaux de la tradition alchimique et métallurgique indienne.

Dans la tradition védique, les métaux ont un rôle essentiel pour la santé. Ils sont à la fois mentionnés dans les textes relatifs à la médecine (dans l’Ayurvéda notamment), comme dans les traités alchimiques. Ces-derniers, intéressés par le processus de transmutation des métaux, visent à faire disparaitre les fléaux qui leur sont associés, comme la pauvreté, la souffrance, la mort etc. A partir de la période médiévale, les efforts alchimiques se concentrent sur la recherche de la santé et de l’éternelle jeunesse (le rasayana, ou la science qui vise à rallonger la longévité). Les travaux sur les métaux, associés aux savoirs botaniques et minéralogiques, mettent au point des remèdes visant à fortifier le corps et atteindre la purification de l’âme. La tradition répertorie six métaux fondamentaux : suvarna (or), rajata (argent), tamra (cuivre), lauha (fer), naga (plomb) et vanga (étain), auquel on ajoute au XIIe siècle quatre métaux supplémentaires, le zinc, le « pittala » (laiton), le « kansa » (ou kamsya, proche du bronze) et le varta (un alliage composé de 5 métaux différents, peut-être du cuivre, du laiton, du bronze, du fer et du plomb). Laiton, kansa et varta sont en réalité des alliages, mais ils sont alors considérés comme des métaux à part entière. Chacun des six, puis neuf, métaux (ou dhatus-s) a des correspondances astrologique, théologique et médicale, si bien que les préparations pharmaceutiques qui en découlent permettent de traiter des affections particulières en fonction des métaux employés. Le cuivre, par exemple, correspond à Surya, le soleil, et il agirait notamment sur le système cardio-vasculaire.

Les traités médicaux et manuscrits anciens décrivent les procédures à suivre pour l’extraction des minerais, la purification des métaux et enfin leur transformation en vue de leur utilisation pharmaceutique. Ces connaissances sont toutefois difficilement applicables sans la pratique et le savoir-faire transmis oralement.

On remarque que le cuivre est très présent, à la fois comme métal fondamental et en tant qu’alliage puisque les métaux ajoutés tardivement, laiton, kansa et varta, sont tous trois des alliages de cuivre. Peut-être s’agit-il d’un héritage ancien, le berceau de découverte et de développement du cuivre se trouvant vraisemblablement entre le croissant doré et l’Inde vers 8000 à 5000 av JC.

En parallèle de ces neuf dhatu-s, les textes décrivent d’autres alliages qui permettraient d’obtenir des matériaux particuliers aux propriétés décuplées. Ce sont les « panchadathus » (5 dhatu-s), « saptadhatu » (7 dhatu-s) et « astadhatu » (8 dhatu-s) qui étaient réservés à la fabrication d’objets précieux, notamment les idoles des temples hindous et jains (les murti-s) et des objets de culte bouddhiques. Ces alliages incluaient de l’or et de l’argent, et, pour le panchadhatu, du cuivre, du laiton et plomb (ou du zinc ou de l’étain, selon les sources), et en plus de ces éléments, pour le astadhatu, du mercure et du fer qui serait, pour de meilleurs auspices, du fer de météorite (ou « thokcha » ou fer du ciel).

D’après les textes, l’alliage de ces matériaux hors du commun, nécessitant un processus de fabrication complexe, défère des propriétés extraordinaires au matériau obtenu, et une aura particulière aux objets moulés ou forgés avec ces alliages, notamment les murti-s pour le culte hindou et les bols et gongs bouddhiques.

Dans la pratique, l’impureté des minerais, la disponibilité des matériaux et leur coût, les connaissances techniques métallurgiques et les objectifs des fondeurs sont autant de facteurs qui intervenaient sur la production et donc la qualité des alliages. Les analyses métallurgiques d’artefacts ayant eu une fonction sacrée démontrent qu’il s’agit majoritairement de laitons et de bronzes. Aujourd’hui encore, il est avéré que la plupart des objets à destination décorative ou religieuse sont en pittala (laiton) ou kansa (bronze). Les métaux précieux comme l’or et l’argent n’apparaissent pas dans les compositions, et sont généralement tout au plus ajouté tardivement pour remplir la fonction symbolique, ou simplement par souci décoratif.

Les bols et figurines fabriqués en un alliage de cinq métaux sont donc rarement à interpréter comme de véritables « panchdhatu ». Il s’agit généralement d’un des trois alliages considérés comme dhatu, c’est-à-dire soit du varta (qui est plutôt un « panchloha » car composé de cinq métaux), ou des laitons ou des bronzes dans lesquels viennent s’ajouter, en portions minimes, des métaux supplémentaires. Pour le bronze par exemple, composé majoritairement de cuivre (à approx. 80 %) et d’étain (20 %), on ajoute un faible pourcentage de zinc, de fer et de plomb. C’est l’importante proportion d’étain (4 :1 d’après les textes anciens) qui offre au bronze ses propriétés de résonnance et en font un métal de prédilection pour les bols chantants, les cymbales (taal manjira), les cloches, les gongs et autres instruments de percussion.

Cela n’enlève toutefois rien aux propriétés des objets concernés. En vérité, l’importante quantité de vaisselle en laiton retrouvé sur les sites archéologiques indiens de l’époque médiévale, ainsi que la qualité des alliages, est révélateur d’un savoir-faire précoce et d’une maitrise technique pointue. Les alchimistes indiens surent notamment rapidement reconnaitre le zinc, et ils furent les premiers, au XVe siècle, à l’isoler. Cet élément est révélateur des connaissances physiques et chimiques de l’Inde pré-moderne, où les métaux et le travail métallurgique faisaient entièrement partie des sciences du vivant.

Ainsi, l’ayurvéda, et notamment le Rasashastra, reconnait les bénéfices des métaux, et décrit leurs propriétés et les dosages pour une utilisation thérapeutique.

 

 

Pourquoi manger dans du kansa ?

Pour la santé

Manger dans du kansa (rappelons-le un alliage de cuivre) permet de bénéficier des bienfaits d’un oligo-élément vital, le cuivre.

Quelques actions importantes du cuivre :

  1. Propriétés anti-infectieuses et anti-inflammatoires (le cuivre aide à lutter contre les états infectieux et viraux) ;
  2. Assimilation du fer, et métabolisme de nutriments comme les glucides (sucres) et les lipides (graisses) ;
  3. Action anti-oxydante ;
  4. Contribution à la minéralisation osseuse, à la souplesse des tissus (prévention des troubles cardiovasculaires), à la production de mélanine (pigment qui protège la peau du soleil).

(pour plus de détails, voir : Tapiero, Haim, Les Oligo-éléments – Prévention des maladies humaines, EDP Sciences – Collection : Science et Biomédecine, 2005).

 

Dans la tradition indienne, le cuivre est utilisé comme purificateur. Certains textes ayurvédiques, comme le traité de Charaka (le Charaka Samhita) préconise l’utilisation d’ustensiles en cuivre ou alliages de cuivre pour leur propriétés antibactériennes, notamment en vue de la purification de l’eau. Comme par le passé, il est courant, en Inde, de conserver l’eau à boire dans des pots ou des jarres en cuivre pendant la nuit pour qu’elle puisse être consommée au matin.

Aujourd’hui, des études scientifiques menées en milieu hospitalier en Occident viennent confirmer certaines de ces connaissances d’hygiène (voir notamment les études du microbiologiste britannique Bill Keevil, pionnier dans le domaine des propriétés microbiennes du cuivre). Ainsi, en 2008, le cuivre et ses alliages, le bronze et du laiton, ont été homologués comme agent antibactérien par l’Agence Américaine de Protection de l’Environnement (EPA), ce qui en fait un espoir dans la lutte des maladies nosocomiales. Certains établissements français, comme l’hôpital de Rambouillet, ont récemment montré l’exemple en changeant avec succès poignées, robinets et rampes au profit d’équipements en cuivre.

 

 

Pour la durabilité et le recyclage

La vaisselle en kansa est un gage de durabilité. Les bols, assiettes et gobelets sont résistants à l’usage et peuvent être facilement recycler en les refondant, un double avantage de poids face à la céramique qui, elle, est fragile et non recyclable. Le kansa entre en adéquation avec les traditions indiennes pour lesquelles il est essentiel que les matériaux puissent être réutilisés ou retourner à la nature.

Bien que résistants, on conseille de manipuler les bols et les assiettes en kansa avec précaution car ils sont travaillés jusqu’à obtenir une grande finesse et pourraient se briser sous l’effet d’un choc important.

 

Pour le son

Grâce à son importante proportion d’étain (4 :1 d’après les textes anciens), le kansa présente des propriétés de résonnance, ce qui en fait un métal de prédilection pour les bols chantants, les cymbales (taal manjira), les cloches, les gongs et autres instruments de percussion.

On nous demande souvent si les bols en kansa sont des bols chantants. Les bols alimentaires en kansa ont effectivement des propriétés de résonnance exceptionnelles, qui enrichissent certainement le continu du bol. L’artisan fait d’ailleurs chanter le bol lors de sa fabrication pour ajuster son geste et peaufiner l’objet. Toutefois, les bols alimentaires en kansa sont de facture beaucoup plus fine que les bols chantants tibétains, et ne sont donc pas conçu pour être utilisés comme un instrument.

 

Pour la beauté de l’objet

Un objet en kansa est plus qu’un article de vaisselle, c’est un objet d’artisanat aux reflets dorés et chaleureux du bronze. Sa forme élégante, sa patine et sa texture nous connecte avec la longue tradition métallurgique, alchimique et médicale indienne. Utiliser de la vaisselle en kansa, c’est mettre de l’art indien sur sa table !

 

Pour le massage

Le kansa est connu en dans la tradition ayurvédique pour ses propriétés de guérison et de longévité. Le petit bol de kansa, ou kansu ou vadki, est utilisé pour le massage, notamment le massage des pieds (le « kansa vadki foot massage »).

 

Attention aux contrefaçons

On vante souvent sur le marché des objets indiens en alliages traditionnels de 5, 7 ou 8 métaux. Comme nous l’avons vu plus haut, les textes anciens préconisent l’utilisation de « panchadathus » (5 dhatu-s), « saptadhatu » (7 dhatu-s) et « astadhatu » (8 dhatu-s) qui étaient réservés à la fabrication d’objets précieux, notamment les idoles des temples hindous et jains (les murti-s) et des objets de culte bouddhiques. Toutefois, les analyses métallurgiques d’artefacts et d’objets d’artisanat contemporains démontrent que, dans la pratique, les objets cultuels sont majoritairement des laitons (pittala) et des bronzes.

Par ailleurs, pour faciliter la fabrication industrielle de vaisselle de bronze, les fabricants doivent modifier les proportions traditionnelles de cuivre et d’étain pour faciliter le moulage. Pour qu’un objet soit en kansa, l’alliage doit présenter approximativement 80 % de cuivre et 20 % d’étain. Les artisans indiens qui fabriquent eux-même l’alliage et travaillent manuellement les bols en kansa conservent la partie inférieure du bol sans polissage, ce qui est une garantie de la qualité du kansa et de la fabrication artisanale traditionnelle.

Nos bols et vadkis en kansa sont garanti kansa et de fabrication artisanale traditionnelle.

 

Conseils d’utilisation

Le set de table traditionnel indien, le « thali set », est composé d’un thali, ou large assiette plate, dans lequel on place les ramequins ou vadkis (2, 3 ou plus selon le repas). Le thali est assez large afin qu’on puisse y placer tout ce que l’on mange et tout ce qui est en contact avec la nourriture. On place les galettes de blé (roti, chapati, naan etc.) et le riz (ainsi que les pickles, kachumber ou crudités, starters etc. quand il y en a). Les vadkis reçoivent les légumes, sauces, dhals (préparation de légumineuses) et tous les plats liquides. Le thali quodidien comprend un vadki large pour le légume et un vadki haut pour le dhal, plus liquide. Le verre est généralement remplit d’eau ou de chaas (boisson rafraichissante salée à base de yahourt).

Le bol, quant à lui, découle de la tradition ascétique. C’est un objet essentiel, léger et multifonctionnel (permet de boire et de manger) qui permet de recueillir l’aumône. Il symbolise la simplicité de nos besoins vitaux. Plus couramment, le bol en kansa sert à la fois à l’utilisation personnelle (comme bol) et au service.